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Contre-sens
Auteur: François Delapierre
Tous les indicateurs de l’état d’urgence mondial sont au rouge. En France, le résultat des dernières élections municipales et cantonales rappelle à la fois la fragilité du pouvoir et l’instabilité politique du pays. Mais alors que les profondeurs renâclent, les sommets n’ont qu’une réponse : continuer comme avant. Jusqu’à quand ?
Serait-ce le scénario de 2004 qui recommence ? Cette année-là la gauche avait triomphé aux régionales en emportant 20 régions sur 22. La droite au pouvoir n’avait rien changé à sa politique, laissant pourrir une crise politique qui permit à Nicolas Sarkozy d’arracher le leadership défaillant des mains d’un Chirac usé jusqu’à la corde. Certains à droite en auraient-ils tiré la conclusion que la droite peut gouverner durablement contre la majorité du peuple sans que l’opposition de gauche ne parvienne pour autant à la renverser ?
En tout cas, loin de vouloir changer de ligne, Sarkozy a annoncé en Conseil des Ministres qu’il voulait « au contraire tout faire pour mettre en œuvre la masse critique des réformes qui permettra de changer les comportements et les mentalités ». La stratégie affichée est claire : Sarkozy veut renforcer sa bataille idéologique pour imposer le libéralisme dans les faits comme dans les têtes, véritable contre-révolution politique, sociale et culturelle. C’est donc un appel dénué d’ambigüité à une confrontation extrêmement brutale avec les acquis sociaux et républicains du pays.
De son côté, Fillon explique partout qu’il va accélérer les réformes. Il en donne lui-même la première illustration : un nouvel allongement de la durée de cotisation pour les retraites de 40 à 41 ans. A suivre, une session parlementaire qui n’a pas été allégée d’un iota, avec notamment la réforme du marché du travail, la « modernisation de l’économie », une loi sur la Fonction publique, la « gouvernance de la santé » et la réforme présidentialiste des institutions… Fillon livre avec franchise sa ligne directrice dans un entretien publié par l’Express : pour « baisser les impôts sur les entreprises », « il faut réduire les dépenses, donc, réformer l'Etat » ce qui implique « à partir du printemps » des « restructurations importantes de l'appareil de l'Etat ».
Cet acharnement libéral de Sarkozy et Fillon contraste fortement avec le début de revirement des droites au plan mondial. Devant le désastre économique qui s’annonce (on parle de la plus grande récession que le monde ait connu depuis 1945) et les risques sérieux d’effondrement de l’économie américaine, beaucoup commencent à vilipender les principes libéraux qu’ils adoraient hier. Le proche conseiller et ancien ministre de l’économie de Berlusconi vient ainsi de publier un livre qui annonce que « la bataille contre la suprématie des marchés doit commencer ». On y lit notamment que : « Le marché, l'idéologie totalitaire inventée pour gouverner le XXIe siècle, a diabolisé l'Etat et presque tout ce qui était public ou communautaire, en mettant le marché souverain en position de dominer tout le reste. Maintenant, on ne peut plus dire que c'était la ligne juste, la seule ligne. » En Allemagne, la presse économique appelle à davantage d’intervention de l’Etat « quitte à jeter nos principes par-dessus bord ». Partout les gouvernements libéraux nationalisent les banques aux abois. Et les Etats-Unis s’interrogent même, devant la succession des défaillances d’institutions financières qui obligent à chaque fois la banque centrale et l’Etat à intervenir, sur l’hypothèse d’un rachat par l’Etat des créances immobilières qui plombent les banques. Ce qui représenterait un plan de sauvetage sans précédent de deux à trois mille milliards de dollars financé par le contribuable !
Pendant ce temps, les conflits larvés ou armés s’aggravent au Kosovo, en Irak, en Afghanistan, en Palestine. La crise écologique s’accélère comme en attestent par exemple de nouvelles révélations sur la fonte de la banquise. Bref, la mondialisation capitaliste que l’on nous avait vendue comme un ordre indépassable s’avère de plus en plus incapable d’assurer un développement stable et durable de l’humanité.
C’est ce moment qu’a choisi la majorité du Parti socialiste pour engager la réforme de statuts jugés trop favorables à ses courants de gauche ainsi que de sa déclaration de principes accusée de ne pas suffisamment célébrer les mérites de l’économie de marché. On peut franchement se demander s’il n’y avait pas mieux à faire.
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