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Les faux profiteurs de la France imaginaire de Sarkozy
Sarkozy a veillé à désigner un « profiteur », coupable pour chacun des problèmes du pays. Si la banlieue explose, ce n’est pas par « l’excès de chômage et l’insuffisance de fonds publics » mais à cause de « la dictature des bandes, le renoncement subi ou voulu des familles, l’immigration non maîtrisée, l’intégrisme religieux » (programme législatif de l’UMP). Sous entendu : les bandes, les familles laxistes, les immigrés et les intégristes profitent indûment de l’argent public qu’on déverse en banlieue. Et Sarkozy d’enfoncer le clou pour ceux qui n’auraient pas bien compris : « Qui ne voit qu'il y a un lien évident entre la politique d'immigration non maîtrisée depuis 30 ou 40 ans et l'explosion sociale dans nos quartiers ? » (discours de Lille). Dans la même rhétorique, si le travailleur modeste voit son pouvoir d’achat s’effondrer c’est parce qu’il « n'en peut plus de payer des impôts pour financer des assistés qui vivent sans rien faire » (discours de Lille). Si « l’équilibre fragile des régimes sociaux » est « en péril » et si « le contrat social » est « rompu » c’est qu’il y a des profiteurs pour « profiter le plus longtemps possible de ses allocations chômage, vivre de l’assistanat pendant des années, gaspiller les ressources de l’assurance maladie en réclamant une ambulance dont on n’a pas besoin ou en abusant des arrêts de travail, dissimuler sa vraie situation familiale pour percevoir des prestations. » (programme législatif de l’UMP)
Les vrais profiteurs du libéralisme
La réalité est tout autre : le capital s’enrichit plus que jamais sur le dos du travail et le travail rapporte beaucoup moins que le patrimoine. La vérité chiffrée de ces deux fondamentaux de la gauche permet de remettre les pendules sociales à l’heure.
1° En 1982, la richesse nationale profitait à 70 % au travail et à 30 % au capital. Depuis 1993, la part du travail est descendue autour de 60 % et celle du capital a grimpé à 40 %. Montant du hold up : 160 milliards d’euros qui ont glissé du travail vers le capital.
2° Depuis 10 ans, le revenu salarial moyen n’a augmenté que de 3,1 % (il a même baissé de 1,6 % pour les employés) tandis que les profits du CAC 40 ont été multipliés par quatre. Depuis 10 ans, les profits des grands groupes ont donc augmenté 100 fois plus vite que les salaires.
Autrement dit, contrairement à ce que prétend Sarkozy, dans un monde libéral, on peut s’appauvrir en travaillant et s’enrichir en dormant. Alors que le chômage baisse officiellement, on compte 60 000 pauvres de plus chaque année en France depuis 2002. Résultat : sur les 7 millions de pauvres que compte le pays, 3 millions travaillent. De l’autre côté, le nombre de riches augmente lui-aussi rapidement. Il suffit pour cela d’observer un indicateur comme les ventes de 4x4 de luxe qui ont cru de 60 % par an ces dernières années. Ces nouveaux riches ont-ils travaillé plus pour gagner plus ? Non, car l’explosion des prix immobiliers et des cours boursiers y est pour beaucoup et le travail pour pas grand-chose. Depuis 10 ans, le patrimoine des ménages français est ainsi passé de 3 675 milliards à 8 000 milliards. Près de la moitié de ce patrimoine est concentré entre les mains des 10 % les plus riches. Mais c’est tout en haut de l’échelle que le caractère dormant de la fortune libérale est le plus époustouflant. Les bénéficiaires français des 10 plus gros dividendes (soient les revenus tirés uniquement de la détention du capital indépendamment de tout travail) ont ainsi empoché l’an dernier entre 15 720 ans de SMIC pour Liliane Bettencourt et 3 296 ans de SMIC pour le baron Seillière et la famille Wendel. Entre les deux, on trouve Bernard Arnault, François Pinault ou Martin Bouygues qui se partagent chaque année entre 5 et 12 millénaires de SMIC chacun en dividendes. Même en travaillant à la vitesse de la lumière, un smicard ne les rattraperait pas. |