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Pour la République Sociale
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Le blog de Jean-Luc Mélenchon
Pour la République Sociale International
 Auteur : Laurent Levard
Adelante Venezuela !

Avec une trentaine d’autres personnalités françaises, dont Jean-Luc MELENCHON, notre camarade Laurent LEVARD participait à la Mission d'observation électorale invitée par le Conseil National Electoral du Venezuela du 29 novembre au 6 décembre. Il nous livre ici son analyse personnelle du processus politique vénézuélien après la réélection du président Hugo Chavez.


La réélection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela dimanche 3 décembre traduit un renforcement du soutien populaire au processus de transformation économique, sociale et politique initié en 1998. Hugo Chavez avait reçu le soutien de 56% des électeurs en 1998, 57% en 2000 et 59% en 2004 à l`occasion du référendum révocatoire, nouvelle disposition constitutionnelle donnant la possibilité de remettre en jeu les mandats électifs à la demande de 20% de l’électorat. Il obtient cette fois-ci près de 63% des suffrages, alors que de nombreuses personnes se sont inscrites au cours des dernières années sur les listes électorales et que le taux de participation (75 %) est le plus élevé jamais atteint dans le pays depuis 20 ans. Au-delà de la confirmation du cap politique engagé par la révolution bolivarienne de Chavez, cette élection traduit donc l’implication civique réussie de millions de personnes jusqu’alors exclues de fait de la conduite des affaires publiques, à commencer par les pauvres.

Ainsi, Hugo Chavez obtient-il le soutien de 7,2 millions de personnes contre 3,7 millions en 1998 et 5,8 millions en 2004. Le candidat de l`opposition Manuel Rosales recueille quant à lui 4.2 millions de voix (37%). Le tout dans le cadre d’un processus électoral exemplaire de par son organisation et sa transparence (voir ci-contre).

Avant 1998, la vie politique vénézuelienne avait été pendant près de quatre décennies dominée par une alternance des partis social-chrétien (COPEI) et social-démocrate (Action Démocratique, AD). Dans la pratique, le pays était dominé par une oligarchie enrichie principalement grâce aux revenus du pétrole. Une classe moyenne assez nombreuse s’était également développée du fait des divers mécanismes de redistribution de la rente pétrolière. En marge du système politico-économique dominant, par ailleurs largement miné par la corruption, une grande partie de la population était maintenue dans un état d’exclusion et de pauvreté, plus de 50% vivant sous le seuil de pauvreté. L’élection de Chavez en 1998 traduisit la faillite de ce système et son rejet de la part de la grande majorité des secteurs populaires.

La population a alors élu une Assemblée constituante qui a rédigé une nouvelle constitution intégrant des innovations démocratiques exemplaires, notamment en matière de complémentarités entre démocratie représentative et démocratie participative. Le nouveau pouvoir a aussi opéré une redistribution sans précédent de la rente pétrolière, au moyen de programmes sociaux spécifiques (las « misiones ») dans le domaine de l’éducation, de la santé, de la sécurité alimentaire et du logement. Il a favorisé de nouvelles formes d`organisation économique basées sur la coopération et a impulsé une réforme agraire dans un pays ou l`agriculture est dominée par le latifundisme.
Au niveau international, le Venezuela de Chavez a dénoncé à de multiples reprises le néo-libéralisme et l’hégémonisme des Etats-Unis. Il promeut des coopérations politiques et économiques visant à une intégration des pays d’Amérique Latine conçue comme une alternative à l’intégration néo-libérale mise en oeuvre par les Etats-Unis dans le cadre du traité de libre-échange Amériques (ALCA).
Le tout dans un contexte de mobilisation populaire, accentuée par l’attitude de l`opposition. En effet, l`oligarchie n'a dans le fond jamais accepté l’irruption dans la vie politique du peuple et d`un leader comme Chavez issu du peuple, métis de surcroît. Son monopole sur la vie économique et politique remis en cause, elle a depuis 1998 opté pour une attitude de refus et de sabotage du processus démocratique, avec l’appui des principaux medias de communication, contrôlés par les grands groupes économiques et financiers. De même, l’appui du gouvernement des Etats-Unis à la stratégie contre-révolutionnaire a-t-il été constant et déterminant.

L’opposition fomenta en avril 2002 un coup d’Etat en s’appuyant sur le patronat, la hiérarchie de l’église ainsi qu’une partie de la police et des forces armées. Ce putsch réussit dans un premier temps, mais finit par échouer grâce à forte mobilisation populaire et au soutien de la majeure partie de l’armée à Chavez et au processus démocratique.

Avec l'appui d`une partie importante des classes moyennes, l`opposition organisa des grèves générales de plusieurs mois en 2002 et 2003 qui affectèrent durement l`économie et notamment le secteur pétrolier. En décembre 2005, elle boycotta les élections législatives, malgré le fait que les principales garanties qu’elle exigeait lui aient été données, mettant en évidence une fois de plus son refus du jeu démocratique.

Sa stratégie putschiste et de sabotage l’a cependant finalement mené à une impasse, dangereuse à terme pour les intérêts mêmes du patronat. L’année 2006 a été marquée par une évolution significative de son attitude, sous l`impulsion principalement de son candidat a l’élection présidentielle, Manuel Rosales. De fait, elle a accepté de collaborer pleinement à l’organisation de l’élection et Manuel Rosales a immédiatement reconnu le résultat de l’élection. L’avenir dira si ce revirement est ou non définitif.

Une page est cependant tournée avec l’élection du 3 décembre et le processus démocratique et révolutionnaire du Venezuela est aujourd’hui plus fort que jamais, orienté vers la construction du « socialisme du XXIème siècle », comme le proclame Hugo Chavez. Son avenir dépendra désormais principalement de ses propres succès en matière politique, économique et sociale, certains paramètres internationaux étant pour cela importants (évolution du prix du pétrole, évolution du contexte politique latino-américain). Trois éléments semblent déterminants :
* d’une part, la capacité de la gauche vénézuélienne et du pouvoir qui en est issu à soutenir, valoriser et organiser la mobilisation populaire,
* d’autre part, sa capacité à mettre en place une administration publique efficiente, à éradiquer la culture de corruption et la bureaucratie dont souffre le pays, comme l’a souligné Hugo Chavez au soir du 3 décembre,
* enfin, son aptitude à utiliser la rente pétrolière actuelle pour construire un véritable modèle de développement économique plus autonome vis-à-vis du pétrole, et donc à la fois viable sur le long terme, moins vulnérable et moins générateur de toutes les dérives liées à ce type de dépendance (corruption, etc.)

Le succès de la révolution démocratique venezuélienne constitue un enjeu central pour les forces progressistes en Amérique Latine et dans le Monde. Alors, pour aujourd`hui, saluons la nouvelle victoire du peuple venezuélien ! Adelante Venezuela !


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