Pour la République Sociale Face à la droite
 Auteur : François Delapierre
Dernière semaine avant le 4

« Un mauvais moment à passer ». C’est ainsi que plusieurs dirigeants socialistes définissent le vote que les parlementaires réunis en Congrès à Versailles auront à faire le 4 février prochain. Après, « nous pourrons passer à autre chose » espèrent-ils. Quel cynisme sur une question qui engage à ce point l’intérêt du pays et l’avenir du continent ! Mais aussi quelle illusion ! Comment croire qu’il s’agit là d’un vote de circonstance dont les effets pourraient être limités ? S’il était adopté, le traité de Lisbonne s’imposerait demain sans recours possible à notre pays. Il produirait ses effets dans un nombre considérable de politiques. Il suffirait dès lors que les Français réalisent qu’on leur applique sans leur avoir demandé leur avis les dispositions qu’ils ont rejetées en mai 2005 par référendum pour qu’un vote malheureux le 4 février revienne comme un boomerang.



Nous n’allons pas ici reprendre tous les arguments qui nous ont conduit à défendre la nécessité du référendum. Disons la conviction qui s’en dégage. Le contournement de la procédure référendaire ne peut être que le résultat d’une arnaque. Arnaque de Sarkozy qui a vendu aux Français un mini-traité, simplifié, répondant aux attentes du « non » du 29 mai et qui s’est contenté de rhabiller l’ancien projet de Constitution européenne. Arnaque selon laquelle l’adoption de ce traité pourrait « débloquer » l’Europe et lui permettre de répondre enfin aux problèmes des habitants alors que ceux-ci ne verront rien venir. Arnaque selon laquelle le refus de la voie référendaire relèverait du seul président de la République sans que les parlementaires aient leur mot à dire, alors même qu’ils détiennent l’arme du veto des 2/5e. Un tel enfumage pourrait réussir d’ici le 4 février, grâce au silence médiatique qui entoure le nouveau traité et la procédure complexe de ratification qu’il implique. Mais peut-il perdurer ? Que se passera-t-il quand la réalité finira par apparaître ?


Comme tout bonimenteur, le président de la République vit au crédit des crédules. Celui-ci n’est pas inépuisable. Jamais remis du 29 mai 2005, certains médias ont commencé à vendre la mèche. Ils expliquent que le traité de Lisbonne démontre l’absence de plan B puisqu’il reprend sous une autre forme le projet de Constitution européenne. Ils se réjouissent imprudemment : « regardez, les Français ne bronchent plus ». Si leur revanche sur le vote populaire devait être totalement consommée par la ratification du traité de Lisbonne, on peut s’attendre à ce qu’ils se lâchent encore plus à l’avenir. Nombre de nos concitoyens découvriraient alors un peu tard qu’ils ont été floués. En toute justice, Sarkozy, qui a monté l’affaire de bout en bout, devrait en être la principale victime. Hélas, si de nombreux parlementaires socialistes lui apportaient leur concours le 4 février, il disposerait alors d’une ligne de défense toute trouvée : vous n’avez pas le moyen de me sanctionner puisque l’opposition m’a soutenue dans cette affaire.


Pour la gauche aussi, l’enjeu du 4 février est donc crucial. Sa capacité à s’opposer n’est pas seule en cause. Son identité profonde l’est aussi. La gauche est unanime à réclamer un autre contenu à la construction européenne, plus social et plus démocratique. Or la procédure d’adoption sans référendum du nouveau traité consacre le renoncement des dirigeants européens à toute consultation populaire. Pour le bien du peuple, il faudrait éviter qu’il ne se mêle de ses affaires. On connaît hélas cette pente. Aujourd’hui, elle a conduit les responsables européens à rendre le traité de Lisbonne illisible et à proscrire dans l’Europe entière toute consultation référendaire. Un éventuel succès justifierait demain la mise à distance systématique des citoyens. Pourquoi vouloir un Parlement Européen souverain si l’on pense que la construction européenne doit être protégée de l’intervention du peuple ? Comment prétendre réorienter le contenu des traités si l’on accepte l’exclusion des citoyens ?


Nous avons donc deux choses à faire dans les prochains jours. D’abord faire en sorte que le plus grand nombre de parlementaires de gauche s’opposent à Sarkozy afin de conserver à la gauche un peu de crédibilité sur les questions européennes comme sur le respect de la souveraineté populaire. Ensuite continuer à agir pour informer le plus grand nombre de nos concitoyens de la procédure en cours. Mieux vaut en effet pour l’avenir des citoyens éclairés et impliqués, conscients de ce qui se joue, plutôt qu’une masse passive et tenue dans l’ignorance. Celle-ci finirait par s’apercevoir qu’elle a été trahie par ses représentants et roulée dans la farine. Dans ce cas, on peut s’attendre à ce que rien de bon ne sorte de sa colère. Et que le « mauvais moment à passer » ne soit finalement devant nous.


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