S'abonner à la lettre d'infos Rechercher
Revenir à l'accueil
Pour la République Sociale
Pour la République Sociale
Le blog de Jean-Luc Mélenchon
Pour la République Sociale Déclaration et textes Résolution CN - octobre 2006
Résolution CN - octobre 2006

Conseil national de PRS du 7 octobre 2006

2007 : une présidentielle au cœur de l’état d’urgence politique

Allemagne, Autriche, Hongrie… pas une semaine ne passe sans qu’une nouvelle élection ne révèle la montée en puissance de l’extrême-droite en Europe. Les théoriciens de la fin de l’histoire avaient décidément tout faux. Ils annonçaient qu’une « démocratie apaisée » pousserait sur les décombres du Mur de Berlin. Nous assistons au contraire à la résurgence des fascismes et au déchaînement des nationalismes qui rappellent les périodes les plus noires de l’histoire européenne. Les néo-nazis sont ainsi de retour pour la première fois depuis 1945 dans un parlement régional allemand. L’histoire semble bégayer. Malgré les signes récurrents d’une catastrophe désormais possible, les puissants font tout pour que rien ne change.

L’accompagnement de la mondialisation libérale s’est progressivement imposée comme l’horizon indépassable des politiques menées par les gouvernements européens, qu’ils soient de droite ou de gauche. Le libéralisme n’est pas devenu pour autant plus supportable par les populations. En revanche, celles-ci se trouvent privées des moyens de se faire entendre. Après l’échec du stalinisme, l’impuissance ou le reniement de la social-démocratie laissent les victimes du libéralisme presque totalement démunies. En Allemagne par exemple, comment faire pour exiger une autre politique lorsque la gauche et la droite gouvernent ensemble ? On comprend dans ce contexte que l’extrême-droite progresse dans les têtes et dans les urnes.

La France échappe-t-elle à cette course de vitesse avec l’extrême-droite ? Non, bien sûr. Le 21 avril 2002 l’avait tragiquement démontré. Depuis lors, l’état d’urgence politique ne s’est pas résorbé. Il s’est au contraire aggravé, car la droite a gouverné en niant systématiquement la volonté populaire, en amplifiant les politiques libérales de destructions des acquis sociaux et républicains, le tout dans un contexte de guerre de clans et de surenchères avec le FN.

L’élection présidentielle de 2007 n’est donc pas une élection comme les autres. Elle survient dans un contexte instable et explosif. Il peut en sortir le meilleur mais aussi le pire. C’est une responsabilité immense qui pèse sur la gauche. Celle-ci réussira-t-elle à arracher les consciences à l’emprise de l’extrême-droite, à incarner une alternative au libéralisme, à briser la surenchère sécuritaire voulue par la droite ? Cela dépend pour une grande part de choix qui seront faits dans les prochaines semaines.

Le débat au sein du Parti socialiste

Le Parti socialiste débute une discussion interne qui doit conduire ses militants à désigner leur candidat à l’élection présidentielle. Seuls les adhérents du PS participeront à ce vote. Mais ce débat concerne en réalité toute la gauche. Car le visage de l’élection présidentielle dépendra pour beaucoup du résultat de cette consultation.

Les médias s’efforcent de résumer le débat interne au PS à un choc d’ambitions concurrentes. Celles-ci ont toujours existé. Elles n’expliquent donc pas la violence inédite de la confrontation, depuis Lionel Jospin qui explique que la désignation de Ségolène Royal serait « une remise en cause du combat de toute [sa] vie » jusqu’à Ségolène Royal qui appelle publiquement ses comités Désirs d’avenir à ne « pas se laisser intimider par le PS ». Cette virulence tout à fait inhabituelle découle de l’affrontement de lignes politiques opposées, dont les contradictions s’exacerbent à chaque étape du débat au lieu de se réduire.

Il y a en effet dans le Parti socialiste deux grandes options en concurrence que l’on peut résumer rapidement ainsi.

D’un côté, Ségolène Royal reprend la vieille tradition de la droite du PS, qui défend depuis 30 ans l’alignement sur le reste de la sociale-démocratie européenne, et la complète en épousant la stratégie blairiste dite de la « triangulation ». Il s’agit de reprendre les thèmes et les positions de la droite, pour mieux assécher son espace électoral, et pousser celle-ci à une radicalisation censée la marginaliser. Même si ses résultats sociaux ont été désastreux, il est vrai que cette stratégie a été électoralement efficace en Grande-Bretagne. Du fait du scrutin uninominal à un tour, des millions de Britanniques ont été contraints de voter New Labour plutôt que de prendre le risque de laisser gagner des conservateurs qui se positionnaient encore plus à droite que Thatcher. En France, ni le mode de scrutin à deux tours, ni la diversité historique de la gauche ne permettrait à une telle stratégie de fonctionner. La course à droite engagée par Ségolène Royal conduirait à l’émiettement de la gauche au premier tour et à des difficultés de rassemblement considérables au second. En outre, ses positions sur l’immigration, la carte scolaire, les 35 heures constituent autant de ruptures de digue qui encouragent le basculement d’une partie croissante de l’électorat vers l’extrême-droite.

De l’autre côté, Laurent Fabius a choisi d’incarner les fondamentaux de la gauche : la défense du pouvoir d’achat avec le SMIC à 1500 euros, la défense des services publics avec la renationalisation d’EDF et GDF, le rassemblement de la gauche et le refus absolu de l’alliance au centre, le respect du « non » de la France à la Constitution européenne, la laïcité, la priorité politique aux classes populaires. Malgré l’acharnement médiatique inouï dont est victime Laurent Fabius, qui rappelle le déchaînement de haine des médias dominants contre les partisans du « non » de gauche au projet de Constitution européenne, nous pensons que seule cette ligne peut permettre le rassemblement de la gauche que PRS appelle de ses voeux.

On ne peut en effet réaliser l’union des gauches sans un contenu politique qui rende le rassemblement possible. La logique qui consiste à penser que l’électorat de gauche sera contraint de voter pour la candidate socialiste quoi qu’elle dise repose sur une triple erreur. D’abord parce que le contenu des propositions de Ségolène Royal empêcherait de nombreux citoyens de gauche de s’investir dans cette campagne, même s’ils acceptaient au final de voter pour une candidate qui heurte leurs convictions. Ensuite parce que le face à face exclusif mis en scène par les médias tombera dès lors que Sarkozy ne sera plus le seul candidat à droite. On se souvient de Chirac terrassant Balladur en 2005 grâce à un discours social et volontariste laissé vacant par la gauche. Enfin, parce que l’absence de dynamique et de contenu populaire dans la campagne à gauche laisserait le terrain libre au Front national. La désignation de Ségolène Royal au sein du PS serait donc une très mauvaise nouvelle pour le rassemblement de la gauche. Elle signifierait la mise en marche d’une véritable machine à diviser et à perdre pour la gauche en 2007.

La nécessaire union des gauches

Nous ne partageons pas l’analyse de ceux, notamment la direction de la LCR, qui semblent se réjouir devant la perspective d’une blairisation du parti socialiste français, avec l’idée qu’une telle évolution libèrerait un espace politique et électoral pour la gauche radicale. Contrairement à ce que croient ces camarades, la crise des organisations traditionnelles de la gauche ne libère pas mécaniquement un espace « à leur gauche ». Lors des dernières élections régionales allemandes, la participation du SPD à un gouvernement commun avec la droite n’a pas profité à nos camarades du Linkspartei mais à l’extrême-droite. Lors des élections présidentielles de 2002, l’effondrement du candidat socialiste, qui obtient pour la première fois depuis longtemps moins de la moitié du total des voix de gauche, a surtout profité à la droite et à l’extrême-droite qui se sont retrouvées face à face au second tour. De même, la chute du Mur de Berlin et du communisme d’Etat à l’Est avait été un coup d’accélérateur pour l’offensive libérale en Europe et dans le Monde et non une formidable occasion de libérer l’énergie comprimée des masses. C’est pourquoi la gauche des ruptures n’a rien à gagner à une normalisation du parti socialiste français et à son alignement sur la ligne dominante de la social-démocratie européenne. On peut d’ailleurs regretter qu’elle ne s’exprime pas davantage sur le débat au sein du Parti socialiste, qui se déroule sous l’influence omniprésente des médias et des sondages plutôt que de ceux qui ont intérêt au changement.

Dans les semaines et les mois qui viennent, les militants de PRS continueront à agir pour une union des gauches sans exclusives dans les collectifs comme au sein du PS. Afin que l’union ne soit pas rendue impossible par leur choix, PRS fera connaître son désaccord avec les propositions et la stratégie de Ségolène Royal et son souhait qu’elle ne soit pas désignée par les militants socialistes. Parallèlement, PRS continuera à soutenir les efforts de ceux qui souhaitent un rassemblement politique et électoral de la gauche des ruptures dans la mesure où celui-ci peut contribuer au rassemblement de toute la gauche : c’est la ligne de l’union dans l’union que défendent plusieurs de nos camarades au sein des collectifs pour un rassemblement antilibéral et des candidatures unitaires.


politic / eZpublish © Inovagora Accès mal voyants Extranet Plan du site D Mentions légales Webmestre Crédits